De nouvelles formes de concurrence sur le marché de l'optique


Les réseaux créés par les mutuelles complémentaires et le développement des ventes de lunettes sur Internet inquiètent les opticiens
Vieillissement de la population, dépistage précoce des problèmes de vue, croissance des dépenses d'optique médicale et, selon certains détracteurs, marges confortables... Autant de facteurs qui expliquent en partie que le métier d'opticien figure, aujourd'hui, parmi les professions commerciales les plus rémunérées en France. Alors que s'ouvre demain, à Paris, le Salon mondial de l'optique (Silmo), tous les indicateurs de ce marché semblent au vert. «Nous sommes pourtant arrivés à un point de rupture, avertit Maher Kassab, le PDG du cabinet conseil Gallileo Business. De plus en plus nombreux, les opticiens sont confrontés aux réseaux des complémentaires et à la vente sur Internet. »

Avec plus de ll DOO magasins en France contre 8000 voici dix ans, la concurrence est forte. «La pratique d'offrir une deuxième paire de lunettes, voire parfois une troisième, est apparue dans les années 1990. Aujourd'hui, plus de 80 % des professionnels le font», indique Marie Legrand, chef du groupe «optique» de GFK, une société d'étude spécialisée dans la distribution. Ce que regrette Yves Maigret qui tient un magasin indépendant à Nantes. «Ces deuxièmes paires sont d'une qualité très inférieure à l’équipement premier, affirme-t-il. Les opticiens en achètent les verres pour quèlques euros... »
Malgré tout, selon une étude de Gallileo, 72 % des Français estiment encore payer trop cher. «Nos prix sont restés en deçà de l'inflation ces dernières années, juge Alexandra Duvauchelle, déléguée générale du Syndicat des opticiens sous enseigne (Synope). Et les coûts de gestion d'un magasin se révèlent très élevés, notamment à cause des charges de personnel et des investissements technologiques. » Selon les opticiens, le coût d'un atelier se monterait à quelque 150000 €. «Le bénéfice moyen avant l'impôt d'un de nos magasins est d'environ 10 % de son chiffre d'affaires», indique Didier Papaz, PDG d'Optic 2000.
Mais selon les complémentaires santé, on pourrait faire beaucoup mieux. Les mutuelles participent à la moitié de la prise en charge de l'optique médicale, contre 5 % à 6 % pour la Sécurité Sociale. Elles ont développé des réseaux d'opticiens afin de tirer les prix vers le bas, mais aussi pour attirer de nouveaux assurés, les remboursements d'optique étant devenus un produit d'appel. «Les réseaux ont été un moyen pour contenir l'augmentation des primes d'assurances due en partie à l’inflation des prix en optique», affirme Caroline Touizer, directrice des réseaux de soins de Santéclair qui regroupe Allianz, MAAF-MMA, la Mutuelle générale de la police et Ipéca. Selon elle, faute d'encadrement du marché, certains opticiens peuvent parfois proposer des options dont les clients n'ont pas forcément besoin, mais que leur assurance rembourse en cas de couverture très large. «On appelle cela l'optimisation de facture, souligne Caroline Touizer. Des opticiens ajustent le devis aux garanties offertes par les complémentaires, en surfacturant par exemple les verres, mieux remboursés que les montures. »
Mais les opticiens ne décolèrent pas. « Ces réseaux font courir le risque d'une optique à deux vitesses. On cherche à orienter les assurés vers des matériels et des opticiens spécifiques en allant à rencontre du libre-choix des clients», s'alarme la déléguée générale du Synope. Directeur général de Kalivia, le plus grand réseau d'opticiens créé par Malakoff-Médéric et l'union Harmonie Mutuelles, Laurent Borella explique pourtant avoir reçu près de è DOO demandes de professionnels pour intégrer le réseau. Soit la moitié des magasins français. «Nous avons comparé les méthodes de travail et les tarifs pratiques par les candidats à notre cahier des charges, dit-il. La moitié des dossiers n'étaient pas conformes, dont 50 % pour des raisons financières. »
La vente sur Internet est l'autre sujet de préoccupation du secteur. Si le commerce de lentilles en ligne s'est développé depuis plusieurs années, les sites proposant des lunettes ou des verres sont récents. «Les opticiens exerçaient une pression en assimilant la vente sur Internet à du colportage médical, interdit en France», explique Jean Polier, créateur du site Easy-verres.com. À la suite d'une intervention de la Commission Européenne, le ministère de la santé a précisé au printemps 2009 que la France ne s'opposait pas à un tel mode de distribution. À condition que les sites remplissent les mêmes conditions qu'un commerce classique, notamment en disposant d'un opticien diplômé.
Les mutuelles ont développé des réseaux d'opticiens afin de tirer les prix vers le bas, mais aussi pour attirer de nouveaux assurés, les remboursements d'optique étant devenus un produit d’appel. Le site Happyview.fr est ainsi devenu le premier « e-opticien » à être agréé par la Sécurité Sociale. «Nous sommes sur un marché de renouvellement et nous avons développé des moyens de prises de mesures fiables à distance», affirme son fondateur Marc Adamowicz, ancien chef de produit chez Krys. Happyview revendique un prix de vente trois à quatre fois moins cher que chez les opticiens classiques et vise 7 à 10% du marché français de l'optique d'ici à cinq ans. Henry-Pierre Saulnier, président de l'Union des opticiens, reconnaît que ce marché va se développer de manière inéluctable. «Il faut que nous l'accompagnions en veillant à son encadrement, dit-il, mais aussi en réfléchissant à comment nous pouvons nous investir. » Selon Gallileo business, déjà 10 % des moins de 40 ans se disent en effet prêts à tenter l'aventure.



Le 22 Septembre 2010
La Croix

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