Les incroyables profits des marchands de lunettes


Jusqu'ici les mutuelles de santé laissaient les opticiens réaliser des marges incroyables sur les lunettes : 63% en moyenne ! Mais cet âge d'or touche peut-être à sa fin...

L'affaire a fait grand bruit dans le monde des lunettes. En décembre 2009, un opticien de Perpignan a écopé de 50.000 euros d'amende et échappe de justesse à la prison avec sursis. L'homme n'avait pourtant pas la réputation d'un margoulin. Il avait les diplômes idoines et pignon sur rue. Depuis des années, il gérait cinq magasins dernier cri et faisait partie d'un réseau national de franchisés. Seulement, il avait aussi des habitudes peu recommandables. Notamment la fourniture de verres organiques au lieu des polycarbonates - plus onéreux - promis et facturés à ses clients. II a été condamné par le tribunal correctionnel de Perpignan pour « tromperie sur la qualité d'une marchandise et escroquerie». Un cas isolé ? Pas vraiment. Le même mois, Alain Afflelou, l'un des poids lourds du secteur, était lui aussi condamné par la 15ème chambre du tribunal de commerce de Paris. En raison, cette fois, de fraudes à la mutuelle pratiquées par ses franchisés. Le célèbre lunettier a fait appel, mais il a quand même dû verser 1,2 million d'euros à l'un de ses concurrents Optical Center, à l'origine de la plainte. Une demi douzaine d'autres procès sont en cours. Les langues se délient… Factures ajustées en fonction du remboursement des mutuelles, ventes d'équipements inutiles (verres antireflet pour les enfants, plus amincis que nécessaire…) et autres tromperies sur la marchandise seraient des pratiques très courantes. Le secteur des lunettes est de plus en plus monté du doigt.

Cela a été longtemps l'un des plus florissants. Les opticiens sont connus pour être les commerçants les mieux rémunérés, après les pharmaciens. La marge brute sur une paire de lunettes bat des records : «63%». Vieillissement de la population, meilleur dépistage des problèmes de vue : plus de 6 Français sur 10 sont déjà équipés de verres correcteurs. Un demi million de nouveaux porteurs de lunettes arrive chaque année. L'optique est en plein boom : +40% de ventes a 5,5 milliards d'euros (en incluant le solaire, les lentilles et les accessoires). Les boutiques se multiplient comme des petits pains. Toujours en dix ans, leur nombre est passe de 7.212 à 10.218 sur l'ensemble du territoire français (+39%). Pour en ouvrir un nouveau, rien de plus simple. Il suffit d'avoir un diplôme en optique dans son magasin. Les écoles privées fournissent des wagons de BTS chaque année.

« C'est un secteur qui n'est ni encadre ni contrôlé par la Sécurité sociale car elle ne prend en charge que 5% de la dépense. Le reste étant finance moitié par les mutuelles, moitié par les particuliers. D'où les dérives et les abus qui se sont multipliés, indique Caroline Touizer, directrice des réseaux de soins de Santéclair, filiale d'assureurs (Allianz, Maaf, MMA.. ), chargée du contrôle des prestations. Mais le modèle, maintenu artificiellement par les systèmes de remboursements, est aujourd'hui à bout de souffle. »

Cyberopticiens
La crise est passée par là… Il y a eu une centaine de dépôts de bilan d'opticiens l'an passé. Et les mutuelles sont de plus en plus sourcilleuses sur les prestations. Comme en témoigne le projet Kalivia. Après Axa et Groupama, Harmonie Mutuelles et Malakoff Médéric viennent à leur tour d'annoncer la création d'un réseau de 3.000 magasins d'optique. Avec la volonté affichée de comprimer au maximum les tarifs.

Internet est également en train de bousculer la donne. Voila un an, Happyview, un site de vente de lunettes en ligne, s'est lancé avec une promesse affichée : des prix quatre fois inférieurs a ceux de la distribution classique (189 euros, par exemple, pour une paire de Ray Ban avec verres progressifs), grâce à des marges réduites de moitié. Son patron, Marc Adamowicz - qui a fait ses classes chez Krys - revendique déjà « une quarantaine de commandes quotidiennes, contre deux ou trois en moyenne pour un magasin classique ». Le site est agréé par la Sécurité sociale, propose un service d'essayage à domicile et fait des émules. Le marché est énorme. 3 millions de Français, sans mutuelle, n'ont pas les moyens de s'offrir de lunettes.

De Nathalie FUNES



Le 17 Juin 2010
Le Nouvel Observateur

©Copyright Luxview SAS 2009 - 2014 - Tous droits réservés.





© Copyright Luxview SAS 2009 - 2014 - Tous droits réservés.




En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptées à vos centres d'intérêts.
En savoir plus et paramétrer les cookies.